« Cristallisation » – L’autoflagellation #3

Un. Deux. Trois. Trois jours. Ça fait trois jours qu’elle ne pense plus qu’à ça. Un. Deux. Trois. Elle est fatiguée. Elle dort mal. Elle a mal au dos.

Ça fait trois jours qu’elle le tient à distance, qu’elle évite le sujet. Mais ça fait aussi trois jours qu’en cours, elle ne cesse de le regarder dès qu’elle a la certitude que son attention est occupée ailleurs.

Elle mâchouillait le bout de ses stylos. Son tic avait repris.

Un. Deux. Trois. Trois jours qu’elle résiste, mais elle n’a plus beaucoup d’illusions, elle sait qu’elle ne fait que retarder la catastrophe. Le perdre ou se perdre.

Des jours qui lui paraissent une éternité sans soleil, une éternité étouffante. Elle doit admettre. Admettre une à une les terribles angoisses qui la rongent depuis trop longtemps, et l’empêchent de croquer à pleines dents dans sa vie de jeune femme.

Profiter de ce que d’autres appellent le plus beau moment de l’existence.

L’autre soir, dès l’instant de panique où elle avait quitté la cuisine, elle avait su qu’elle allait s’en mordre les doigts.

Un, deux, trois… doigts ou plus. Sans parler de ses ongles. Une fâcheuse manie dont elle se croyait pourtant guérie. Il ne reste plus rien à ronger. Elle avait recommencé à se manger les petites peaux sur le rebord de ses doigts. Et celles à l’intérieur des joues.

Résultats des courses, et même si elle luttait farouchement pour ne plus y songer, chaque matin elle refaisait son propre procès devant le miroir.

De la même manière, elle tentait de s’assurer qu’elle avait bien mis l’ensemble de sous-vêtements qui lui allait le mieux au teint et aux formes. Ce qu’elle considérait comme une fâcheuse perte de temps, pouvait à présent l’occuper de longues minutes.

Elle tentait de se mettre dans sa tête à lui, à sa place, pour essayer d’imaginer ce qui pouvait le plus le scotcher dans le cas d’une éventuelle étreinte… A laquelle elle ne croyait pourtant plus guère.

Elle trouva ensuite qu’elle n’avait pas été aussi ridicule et absurde depuis longtemps. Elle aurait pu lui en vouloir pour cela aussi, mais elle n’y parvenait pas.

Le sommet avait été atteint, elle qui n’avait jamais été coquette, lorsqu’elle s’était surprise à acheter une nouvelle boîte de maquillage pour le surprendre, pour se faire belle comme ses colocataires, comme ces jolies poupées qui lui tournaient autour à l’Ecole. Quelle ne fut pas sa tête lorsqu’il la découvrit ainsi un beau matin en prenant son petit déjeuner.

Puis ensuite — folie ! — elle entra dans une boutique de lingerie, et en ressortit avec trois ensembles affriolants comme elle n’en avait jamais portés de sa vie. Et hors de prix. Tout l’inverse des basiques de grande surface, entassés honteusement dans le tiroir du haut de sa commode.

Elle voulait se mettre des claques plusieurs fois par jour. L’envie ne lui en manquait pas. Seulement elle n’était pas bête, c’était évident que ça ne servait à rien sinon à se faire encore plus de mal.

Le reste du temps, elle le passait à lui chercher des défauts. La belle occupation… Trop ceci… Trop cela… Et chaque fois, « un, deux, trois », elle lui trouvait de nouvelles qualités.

Elle en était malade. Malade à en perdre l’appétit. Et pourtant elle savait qu’elle n’avait pas le droit, qu’elle avait un problème avec ça. Et qu’elle ne voulait jamais retourner à l’hôpital, ne plus jamais revivre cet enfer de l’enfermement. Jusqu’à ce qu’elle en vienne à cette conclusion : « Voilà… Ce que tu craignais est arrivé… Te voilà amoureuse ma vieille ». […]

Ceci est le dernier extrait. La suite se déploie dans mon livre « Cristallisation ».

Les autres extraits :

Format broché, ebook et Kindle

Ou chez votre libraire avec l’ISBN-13 : 979-8278084815

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