Sous les paillettes

Thème pailleté, cette année. J’ai ressorti la robe noire que je n’ai portée qu’une fois — celle qui m’attendait au fond de l’armoire, patiente, provocante. Celle que tu m’as offerte.

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Thème pailleté, cette année. J’ai ressorti la robe noire que je n’ai portée qu’une fois — celle qui m’attendait au fond de l’armoire, patiente, provocante. Celle que tu m’as offerte.
Elle glisse lentement sur mes hanches, s’alourdit au creux de mes reins, avant de s’ouvrir jusqu’au milieu de la cuisse en scintillant face au miroir.

J’hésite. Collant ou bas ? Il y aura des couples. Je dois choisir si je veux me faire des ennemies… ou des envieux.
Et puis décider si, ce soir, je veux rentrer seule. Ou me réveiller nue, sous des draps étrangers. Le corps rassasié ou non.

Alex est avec sa femme, ses enfants. J’aimerais qu’il me voie maintenant. Il tiendrait cinq secondes, pas plus. Je prends quelques photos — pour lui, pour moi — puis je renonce à les envoyer. Inutile de troubler son monde. Le mien s’agite déjà assez.

J’enfile ma veste dans le couloir en attendant. Ajustement boucle d’oreille. Vérification maquillage. Enzo m’écrit : il est dans la rue. Je soulève le rideau. Je reconnais la Subaru de mon ami.

Je referme la porte, clé tournée. L’air frais s’insinue sous ma robe, effleure ma peau nue.

Ce n’est qu’un réveillon. Pourtant, je sens que ce soir… je n’ai pas envie d’être sage.

La voiture empeste le Axe d’Enzo et le sapin de Noël — senteur Ajax citron épicéa — qui gigote accroché au rétroviseur. J’espère ne pas avoir cette odeur collée à ma peau toute la soirée.

Les gens achètent des huîtres. Et ne savent pas les ouvrir. Ça n’avance pas. Je m’y colle. Je montre à ces messieurs comment faire. En robe à paillettes, chaînette dorée au poignet. Et tenue d’allumeuse avec mes bas qui accrochent l’œil à la plus petite occasion. Je tiens la dragée haute. Je me fais servir une flûtes avec des bulles. Les verres tintent une première fois. Je prends la pose pour des photos souvenirs.

Six douzaines plus tard ça tire, et je pourrais faire la chochotte pour me faire masser l’avant bras. Cela pourrait être un bon début…

Étienne se propose de me tartiner du foie gras sur des toasts. Il faut un commencement à tout. Petit à petit l’oiseau fait son nid. Rome ne s’est pas faite en un jour. Etc.

Alex m’appelle entre deux plats. Il s’est enfermé dans la salle de bain à l’étage, chez ses beaux parents. Je m’isole dans la véranda, mon verre à la main dans la pénombre.

Sa voix suffit à me rendre moite. Dentelle 100% coton pourtant d’après l’étiquette. L’amour ça ne se commande pas. Il y a des tonnes de choses qui ne se commandent pas sur Amazon. Mon livre si. Mais l’effet des mots d’Alex non. Je chavire. Si je ne fais pas ça à mon âge, quand le ferais-je ?

Plus tard. La musique baisse un peu, des rires éclatent dans le salon. J’en profite pour cesser d’exister, m’évader dans mes réflexions à la con, ranger quelques verres, laver des trucs dans l’évier.

L’eau tiède coule sur mes doigts, mousse fine, gestes lents. La soirée s’étire, légère et grisée. J’ai le manque au ventre. C’est un truc qui me serre, et n’a rien à voir avec ce que j’ai mangé. C’est un vide entre les reins. Savoir que si je le voulais je pourrais…

Je sens soudain une présence derrière moi, immédiate, brûlante. Exactement le médicament dont j’ai besoin. Même si ce n’est qu’un générique.

Un torse frôle mon dos, une main se pose à ma taille, sûre d’elle.

Je reste immobile, les mains dans l’eau.

— J’ai déjà quelqu’un, je souffle comme une formalité.
— Moi aussi, répond-il.
 Je le sais.

Je ferme le robinet.

— Alors qu’est-ce que tu attends ?
— J’ai attendu ce moment toute la soirée. Putain ce que t’es belle ce soir.
— Rien n’a changé.
— T’es canon. T’es juste canon. Tu me brûle les yeux depuis le début de la soirée
— Je sais. C’est la robe.
—Arrête tes connerie. C’est pas que la robe.
— T’as raison, y a aussi les bas…

Ses doigts remontent le long de ma hanche.

— Tes seins sont magnifique, murmure-t-il. T’es juste sexy à m’en rendre fou.
— T’as remis la main sur tes lunettes ?

Je retiens son geste.

— Pas ici…

Il me prend la main, sans insister. Nos doigts s’entrelacent comme s’ils se connaissaient déjà. Il m’entraîne hors de la cuisine, à travers le couloir sans témoin, plongé dans la pénombre.

La porte de la chambre s’entrouvre. Une lumière dorée découpe nos ombres.

Il referme, tourne la clé. Le son du métal résonne comme un battement dans ma poitrine. Nous nous connaissons depuis tellement longtemps. Sa meuf est presqu’une copine. Pourquoi j’en ai rien à foutre d’elle ?
Parce qu’elle m’a longtemps regardé de haut ? Qu’elle n’a qu’à être là ?

Il s’approche.

Ma robe bruisse entre nous, légère, prête à tomber.

Et quand ses doigts trouvent ma peau, le temps cesse de respirer.

Nos gestes deviennent lents, précis, irrésistibles. La chaleur monte, se confond. Ses lèvres cherchent la mienne, sa main me retient, m’attire, m’ouvre. Le monde dehors explose en feux et en rumeurs, mais ici il n’y a plus rien — juste un souffle, un vertige, un présent qui se consume.

Le calme retombe d’un coup après l’extase. La chambre sent la chaleur de nos corps.

Je reste allongée, la joue contre son épaule. Il joue avec mes cheveux, en silence. Sa main joue avec mes seins. Ses yeux admirent le travail. Il a trouvé les clés de mon corps et ce n’est pas une simple métaphore.

Il sent bon, même si je préfère l’odeur d’une autre peau. Son corps est agréable à admirer.

Dehors, les derniers rires s’éteignent, la nuit reprend sa place.

Il aimerait bien que je remette de l’ordre avec ma langue. Mais je me relève. Je lui offre un mouchoir en papier. Je le déplie magnanime. Il doit savoir qu’en faire. Il est assez grand pour faire ça lui-même. J’ai envie du goût de celle d’Alexandre. Pas de la sienne.

Je renfile ma robe sur ma peau encore luisante, imprégnée de son parfum et de cette odeur qui colle à mes cuisses. Elle est superbe. Je passe mes doigts dans mes cheveux. Je tourne la clé dans la serrure. Voilà 2026. Cela me fait deux belles jambes sous le tissu fendu. Je ne serai pas une sirène cette année encore.

Fragment « Sous les paillette » – Ophélie Deslys

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5 commentaires

  1. J’ai trouvé vos textes  » Lorena » et  » Sous les paillettes » très bien écrits.
    La manière dont vous construisez l’atmosphère est remarquable.
    Le choix des mots est précis et efficace.
    Votre style est subtil et très évocateur.
    L’intensité, la force des émotions est présente.
    L’écriture laisse une grande place à l’imaginaire.
    Chaque passage s’enchaîne avec beaucoup de fluidité.
    On ressent une vraie cohérence dans votre style.
    Ces deux textes m’ont vraiment marqué.
    Bravo pour la qualité de ces textes.
    Paul M.

  2. Merci pour ce texte au parfum de réveillon coquin… Je me suis tellement reconnue. Suis-je la seule ? Tu as une belle écriture. J’espère découvrir d’autres textes comme celui-ci. Bises et bonne année.

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