Fragments

« Fragments », un atelier ouvert : des textes courts, qui n’ont pas toujours de suite entre eux. Des scènes et des instants volés.

Je pensais justement à toi

Mes jambes me brûlent malgré la fraîcheur de la canopée. Les derniers mètres sont les plus rudes. Un raidillon, presque un mur vu d’en bas. J’appuie plus fort sur les pédales. Le dérailleur accroche et hésite un instant. Il a besoin d’être réglé.

La chaîne s’enroule enfin sur les bons pignons, je jette mon corps en avant et je poursuis en danseuse. Ma machine semble se soulever sous mon corps, mes jambes solidement arrimées aux sangles des cale-pieds.

La fin de la forêt n’est plus très loin. Mon cœur tambourine, j’ai encore cette impression d’avoir avalé de travers des noyaux de cerises, mais je vole à une allure assez incroyable, cheveux au vent.

Une nuit par mois

Une fois par mois, Anaïs quitte son compagnon pour retrouver un autre homme, marié et bien plus âgé qu’elle.

Ensemble, ils vivent une nuit intense, volée au reste du monde.

Dans un gîte isolé au cœur de la forêt, ils rejouent en secret un rituel qu’aucun des deux n’est prêt à abandonner.

Une nouvelle érotique sur le désir, l’attente et ces rendez-vous que l’on compte en semaines plutôt qu’en heures.

« Le Collier d’Ambre » — Making of

Les volets sont clos. L’air de ma chambre est moite.

Machinalement, je saisis la bouteille d’eau gazeuse sur le coin du bureau. Sans vraiment y prêter attention, afin que ce geste ne m’interrompe pas le fil de mes pensées.

Je relis le paragraphe. J’ai besoin de me lever. Mes jambes. Toujours des fourmis dans les jambes. Je ne suis pas une fille qui arrive à rester longtemps assise. Même lorsqu’elle écrit. Je ressens souvent des picotements.

Le lundi au soleil (ou pas)

Le lundi est mon jour libre.
Celui pour faire des recherches, réviser, préparer des exposés...
En réalité, celui où j'écris.
Ou plutôt celui où j'essaie d'écrire.
Des textes qui deviennent parfois des livres. Ou pas.

Hier soir déjà, je me demandais ce que j'allais faire de cette journée. La nuit ne m'a pas davantage apporté de réponse.

Et puis il y a cette fille rencontrée à la guinguette.

Alors écrire... Écrire quoi ?

Chambre 313 – Extrait

Louise m’avait prévenue. Aujourd’hui je perdrai le contrôle.
Troisième étage. Chambre 313. Viens comme tu es.
Je ne sais pas si j’arriverai à supporter ce traitement encore longtemps.

Je devrais serrer mes cuisses. Ce serait la solution pour éviter l’accident. Mais elle me retient. À genoux. Écartée.

En appui sur mes bras tremblants, collés au matelas, je lui appartiens. Sa voix, dans mon dos, m’encourage à lâcher prise. Laisser partir mon corps.

Le libérer de ses dernières pudeurs. [...]

Découvrez les trois premiers chapitres de , mon nouveau roman Chambre 313.

Je n’veux pas rester sage

Je t’attends. Tu devrais déjà être là.

Je t’attends. Pourtant je sais que tu ne viendras pas.

Mais j’ai soif de connaître cette histoire entre toi et moi.

Je sais depuis le début que tu ne viendras pas.

Je l’avais deviné. J’aurais pu ne pas venir, rester sage.

Mais le mal est entré. Et depuis il y a de la place pour deux.

De la place pour ce désir, cette faim qui ne ressemble à rien de ce que je connais. Comme si mon corps avait décidé sans moi. Comme si mes cuisses s’étaient ouvertes d’avance à toi. Comme si ma bouche s’était déjà préparée à dire oui et à te faire tout ce qui, ligne après ligne de nos échanges, brûle mon imagination.

« Le code est ma date de naissance » – La fille de devant

Elle avait choisi sa tenue comme Diane partant à la chasse. 

Une jupe noire qui s’arrêtait juste au-dessus du genou, et un pull fin blanc, simple, presque innocent, mais épousant ses formes à la perfection. 

Le décolleté plongeait juste assez pour qu’on devine, sans tout voir, transformant ses seins en appâts irrésistibles — un piège pour mâles sensibles, en quête de quelque chose de tendre, mais ferme, à se mettre sous la dent.

Sous le tissu noir

Sous le tissu noir
Une promesse immobile
Respire trop fort

Premier rang offert
Elle s’installe comme on
S’abandonne un peu

Col blanc, gorge nue
Tout est dit sans être dit
L’attente se tend

Ses doigts sur le col
Un geste appris mille fois
Pour faire vaciller

Les cartes postales

Je suçais mon stylo.
Quand je ne le mâchouillais pas.
J’ai toujours raffolé de ces petits bouts bleus des stylos Bic.

Mamie avait de vieux stylos.
Ceux d’avant qu’ils ne collent le bout.

Et quand j’en avais terminé complètement de le transformer en chewing-gum, j’attaquais la partie en plastique qu’ils appellent « Cristal ».

Ou le capuchon.