Certaines absences ont une température

Deuxième extrait de
Sur le sable exactement
[extrait précédent]

Ce parfum de vacances me ramène à des souvenirs lointains où je ne tenais qu’à peine sur mes petites jambes. Elles ont fait du chemin depuis. Il y avait mon grand-père. Les copains du vélo à l’heure du Pastis. Des barbecues pour ses amis de passage ou les amants de Maman.

Je fais un SMS pour la rassurer. Elle était encore plus inquiète que moi. C’est ma première grande escapade seule depuis que j’ai eu le permis. J’en ai plein les bras et le cou.

Je décharge mes sacs de ma petite Fiat Punto rose, usée et fragile, que je sens fatiguée de mon si long périple. Je crois l’entendre gémir à en faire fondre ses boulons. Je vérifierai l’huile plus tard. La flemme.

J’ouvre les volets et les fenêtres en grand. Mon regard glisse d’un objet à l’autre. Rien n’a vraiment changé. Le vieux buffet en pin porte toujours cette brûlure laissée par une casserole que Mamie avait juré ne jamais avoir oubliée sur le feu.

La nappe à fleurs est restée pliée exactement comme elle la rangeait. Même le petit calendrier publicitaire accroché près de l’interrupteur est encore bloqué sur un mois qui n’existe plus.

J’effleure le dossier de sa chaise. Pendant une seconde, je pourrais presque croire qu’elle va arriver derrière moi en traînant ses pantoufles, me demander si j’ai faim et sortir une tablette de chocolat qu’elle prétendait toujours garder « pour les invités ».

 J’étais son invitée préférée, alors il y en avait toujours.

Dans la cuisine, retourné sur l’égouttoir, seul, je retrouve son vieux bol ébréché. Celui dans lequel elle buvait son café tous les matins. Je le prends machinalement entre mes mains. Il est froid. Ridiculement froid. Je le repose aussitôt. Certaines absences ont une température.

Quand j’étais petite, je me levais exprès avant tout le monde pour partager son petit-déjeuner.

Elle me laissait tremper mes tartines dans son café au lait en faisant semblant de râler. « Tu vas finir par tout me boire, chipie. » Puis elle riait avant de m’en préparer une deuxième. Je crois que je n’ai jamais retrouvé ce goût-là ailleurs.

Je reprends le bol et le range à sa place.

[extrait suivant]

La suite est à découvrir dans mon nouveau roman

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Un commentaire

  1. Cette histoire c’est la preuve que tu as un talent fabuleux et qui ne fais que grandir 😊 continue Magicienne ☺️

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