Tout a commencé avec Louise…

Ophélie n’arrive plus à écrire.

Depuis qu’elle est devenue autrice, quelque chose s’est brisé.
Le plaisir du jeu s’est transformé en regard des lecteurs.
Chaque phrase devient un jugement.

Alors elle revient voir Louise.

Dans le cabinet baigné de lumière où les jonquilles annoncent le printemps, leur relation étrange reprend sa place.

Louise sait comment guérir les blocages.

Elle sait aussi comment faire lâcher prise.

Sous les couvertures : « Vous faites quoi les filles ce soir ? »

Et si le véritable masque de « Vous faites quoi les filles ce soir ? » n’était pas celui qu’Ophélie porte à L’Olympe ?

Je suis retournée lire ce que j’avais écrit.

Et derrière le club, les masques et le désir, j’y ai retrouvé quelque chose que je n’avais pas vraiment vu au moment de l’écriture : l’histoire d’une jeune écrivaine qui vient de publier son premier livre et qui découvre ce que signifie se mettre à nu devant les autres.

À L’Olympe, elle le fait devant des hommes.

En publiant, elle vient de le faire devant des lecteurs.

« Cristallisation » confidences sur mon premier livre

Cristallisation a une place à part dans ma vie, et il l’aura toujours.

Parce que c’est le premier livre que j’ai publié, la première fois que j’ai fait ce long chemin, la première fois que j’ai reçu à la maison un livre qui n’avait pas été écrit par un ou une autre.

Alors imaginez un peu mes sensations, ce frisson en caressant sa jolie couverture mat, en soulevant la couverture cartonnée, en tournant une à une les pages neuves entre mes doigts.

Le palpitant était à son comble…

Je vous propose dans cet entretien de revenir sur la naissance Cristallisation et ce qui m’a mené à raconter cette histoire, alors que je n’étais encore que lycéenne.

Indice 50

Quand je les rouvre, il est là. L’homme seul, svelte, élégant même en short de bain, entre deux âges et en excellente santé. Parfaitement à sa place ici, comme si la plage lui appartenait.

Un visage agréable : cheveux en bataille, ondulés, avec cette barbe naissante qu’on n’ose jamais vraiment qualifier de négligée.

Il me rappelle un acteur que j’apprécie, pour son jeu, mais pas seulement. J’ai oublié son nom. Il a la même mâchoire tracée au couteau.

Il a ce genre de beauté étrange et magnétique qu’on n’ose pas dévisager en face trop longtemps. Regard perçant, sourire oblique, faussement détaché. Il est un peu trop à l’aise pour que je ne me sente pas toute petite face à lui.

Il tient sa serviette à la main.

Espère-t-il que je l’invite à la poser à côté de la mienne ?

Il y avait quelque chose de merveilleux

Elle est toujours là. Je n’ai même pas besoin de la chercher. Je pourrais la retrouver les yeux fermés, même dans l’obscurité. Ma vieille boîte à biscuits en fer que je chérissais avec ses décorations bretonnes si familières, la peinture jaunie par le temps, légèrement oxydée par l’air marin, comme tout ce qui se trouve ici.

Le couvercle résiste toujours un peu avant de céder dans un petit claquement métallique.

À l’intérieur, les cartes sont rangées en plusieurs petits paquets, retenus par des élastiques fatigués. Certaines ont les coins cornés. D’autres sentent encore vaguement le papier ancien. Entre deux enveloppes, je retrouve quelques brouillons pliés en quatre, couverts de mon écriture maladroite.

Je ris doucement. Mamie les gardait. Pour que je mesure mes progrès. Elle gardait tout de moi.

Certaines absences ont une température

Ce parfum de vacances me ramène à des souvenirs lointains où je ne tenais qu’à peine sur mes petites jambes. Elles ont fait du chemin depuis. Il y avait mon grand-père. Les copains du vélo à l’heure du Pastis. Des barbecues pour ses amis de passage ou les amants de Maman.

Je fais un SMS pour la rassurer. Elle était encore plus inquiète que moi. C’est ma première grande escapade seule depuis que j’ai eu le permis. J’en ai plein les bras et le cou.

Je décharge mes sacs de ma petite Fiat Punto rose, usée et fragile, que je sens fatiguée de mon si long périple. Je crois l’entendre gémir à en faire fondre ses boulons. Je vérifierai l’huile plus tard. La flemme.

J’ouvre les volets et les fenêtres en grand. Mon regard glisse d’un objet à l’autre.

« Une rencontre, une mémoire, la naissance d’une écrivaine »

On pourrait croire que Sur le sable exactement raconte une rencontre. Un homme, une plage, un après-midi d’avril. C’est vrai, mais ce n’est pas le sujet principal.

Le sujet, c’est une jeune femme qui met le monde en sourdine pour retrouver, dans la maison, l’enfant qu’elle a été. Dans un tiroir, une boîte à biscuits pleine de cartes postales, et tout revient.

Le désir arrive ensuite, solaire, sans pudeur.
Le corps d’abord, jusqu’à l’abandon des sens…

Le dernier kilomètre

Dans le dernier kilomètre, la route disparaît pour laisser place à une piste recouverte d’épines de pin.

Elle est tracée comme un tunnel dans le cœur de la pinède, et bordée de petites parcelles abandonnées ou sommairement aménagées avec des récupérateurs d’eau, des caravanes, des mobil-homes, ou encore des petits chalets en bois.

Quelques chevaux et des chevreaux broutent une herbe maigre.

C’est dans une de ces caravanes que j’ai perdu ma virginité. On aurait fait ça sur la plage s’il n’avait pas plu cette nuit-là, un orage comme je les aime, je me sentais comme un marin au milieu de l’océan.

Sur le sable exactement

Océane met ses études entre parenthèses et s’accorde quelques jours de liberté dans la maison vide de sa grand-mère, nichée entre les grands pins et l’océan.

Pour les autres, elle semble fuir.

En réalité, elle veut simplement retrouver le silence, loin du bruit du monde. Les baignades de son enfance, les dunes, une plage déserte à perte de vue. Mettre de la distance entre elle et une vie devenue trop lourde.

Dans cet endroit qui ne figure sur aucune carte, une rencontre aussi solaire qu’inattendue va réveiller son désir et lui permettre de renouer avec son corps.

« Sur le sable exactement » arrive !

Pendant des mois, j'ai vécu avec "Sur le sable exactement". J'ai ajouté des chapitres. J'en ai supprimé. J'ai réécrit des dialogues. J'ai déplacé des paragraphes. J'ai cherché le mot juste, la bonne respiration, le rythme d'une phrase, la musique d'une autre.

J'ai relu le manuscrit encore et encore.

Puis sont venues les couvertures. D'abord l'angoisse de ne pas en trouver une. Puis le problème inverse : en avoir presque une trentaine et devoir en choisir une seule. En laisser de très belles de côté.

Ensuite sont venues la mise en page, les remerciements, la biographie, la quatrième de couverture...