Muse et héroïne de manga

La moquette au sol est grise et sale, mais elle étouffe les bruits et préserve le silence. La bibliothèque ne ressemble pas à celle de Poudlard. Nous sommes loin de l’univers de J. K. Rowling et de celui d’Harry Potter.

Aucun vieux grimoire. Pas d’odeur d’encaustique. Aucune solennité. Un faux plafond en dalles de polystyrène.

Des étagères bon marché, à structure métallique jaune, portent des milliers de livres sagement classés. Mais la salle est presque déserte. Le silence est tel qu’on s’y sent seule au monde, même si quelques lycéens et lycéennes sont plongés dans leurs lectures.

À peine le chuchotement de la documentaliste qui échange des potins avec la CPE. De temps en temps, une page de magazine qui se tourne. Le ronron du photocopieur quand quelqu’un lance une copie.

Il fait frais, mais je suis mieux ici qu’à l’extérieur. Aucune envie d’être dehors dans le froid de l’hiver, avec Gabriel, lui tenir la main en le regardant fumer sa clope entre deux baisers. Aucune envie d’être avec lui.

Lassitude d’écouter le week-end des autres, entendre leurs éclats de rire pour accueillir la dernière connerie TikTok qui circule, et qui sera chassée par une autre, même pas dix secondes plus tard.

Je regrette l’époque des récréations avec Lisa, où je jouais au foot avec Gabriel, où je gagnais ses billes, où je sautais à l’élastique à la récré entre deux échanges de cartes Pokémon ou Diddl.

J’ai envie d’écraser encore une fois toutes les filles à la corde à sauter.

Marquer des buts et dégoûter les garçons qui essaient de refaire — pour la centième fois — les règles du hors-jeu, pour sauver leur orgueil blessé, face à une Ophélie Mbappé de cour de récré.

Mon grand-père jouait avant-centre autrefois. Vous croyez vraiment, les gars, qu’il m’aurait appris à ouvrir des huîtres, et m’aurait laissée dans l’ignorance sur un sujet d’une telle importance ?

Je ne sais pas pourquoi je reste avec Gabriel. Cette question m’a saisie brusquement alors que je me rhabillais samedi dans la nuit, que j’étais restée complètement sur ma faim, et que, comme il le fait depuis quelque temps, il s’est allumé une clope et m’a demandé si j’avais pris mon pied.

Je crois qu’il veut maintenant que je note chacune de ses prestations.

Comme on met des likes, des pouces en l’air, des avis pour tout et pour rien, quand on sort d’un resto, qu’on a payé des pompes chez Décathlon ou une culotte menstruelle sur Amazon.

J’essaie de lire le bouquin ouvert sous mes yeux et de chasser Gabriel très loin de mes pensées.

Ça ne va pas fort. C’est le moins qu’on puisse dire. Et s’il n’y avait que Gabriel…

Maman déconne. Raoul est revenu vivre à la maison. Papi est malade.

J’ai du mal à me retenir de pleurer. Je sais que ses jours sont comptés. Je ne sais pas comment je pourrais vivre sans lui.

Je sais qu’il me ment. Que ça va plus mal qu’il ne le dit.

J’ai quinze ans, ai-je l’air d’un bébé ? La dernière fois qu’il m’a menti, ça remonte au Père Noël. Alors je sais que c’est grave.

Je ne vieillirai pas avec Gabriel non plus. C’est ce que j’ai compris ce week-end. Et cela remet tout en question.

Je viens de comprendre que je serai bientôt seule. C’est mon meilleur ami. Comment rompre avec son meilleur ami ?

J’ai froid. Je vis dans un pays où on n’a même plus les moyens de chauffer correctement un lycée, et encore moins une bibliothèque. Je dois porter un manteau et une écharpe pour lire. On va où ? Je vais où ?

Je n’ai pas encore tourné une seule page. Je suis groggy, épuisée. Les yeux en sang. Manque de sommeil. Lessivée. Où est le sauveur ?

Soudain, je le remarque. Un type de ma classe. Assis à une table en face de moi. Mince, allure de comploteur. Et qui fait un truc bizarre avec un crayon en me jetant des œillades à la dérobée. Tristan, je crois. Des lunettes. Des cheveux bouclés en désordre. La team « je ne connais pas de coiffeur ».

Le genre de mec que tu as envie de kidnapper, pour le livrer menotté à Jean-Louis David. Pas impossible qu’après ça, il puisse presque ressembler à Pierre Niney. En tout cas, ça se tente.

Est-ce lui l’admirateur secret qui me glisse de petits mots gênants — et excitants — dans mon casier ?

Ce n’est pas son style. Non. Je fais semblant de n’avoir rien remarqué.

Je le laisse poursuivre son petit manège. Un coup d’œil dans ma direction, puis il s’excite à nouveau à gribouiller son cahier.

Son manège m’intrigue. Je fais semblant de chercher quelque chose dans mon sac et me lève. Comme si j’allais demander quelque chose à la documentaliste. Tu me connais mal, toi !

J’aurais pu protester et me mettre en colère. Mais il était tombé sur un bon jour, j’étais épuisée, je n’avais pas assez dormi une nuit de plus.

Au lieu de tempêter, j’ai regardé ses doigts en m’asseyant, et ils étaient magnifiques. Je n’avais jamais vu de garçon avec des doigts d’une telle pureté. Des doigts de pianiste. Longs. Sublimement dessinés.

Je me suis mise sur la chaise face à lui. L’air déterminé et compréhensif à la fois. Je peux être pénible. Je sais obtenir ce que je veux sans brusquer.

Il a compris ce que je voulais sans que je ne parle. Il a rouvert son cahier de dessin à la page où il avait coincé son doigt, et l’a retourné face à moi en le faisant glisser dans ma direction, rouge de honte.

Je suis restée saisie par la beauté des traits qu’il avait tracés, la perfection de son dessin. Et aucun doute. C’était moi.

Plus belle que je ne le suis en réalité. En jupe plissée noire, petit top moulant bleu marine et chaussettes blanches en laine, remontées au-dessus des genoux. Petites sandales vernis à talon. J’ai froncé les sourcils en riant.

— Tu es comme ça, m’a-t-il répondu.

— Je ne crois pas m’être un jour habillée ainsi… C’est flatteur, mais je ne suis pas aussi belle.

— Tu sais bien que si. Tu es parfaite. Et même encore davantage. Tous les mecs t’aiment. T’es invitée partout.

— Mes yeux ne sont pas aussi grands !

— Dans les mangas, on agrandit toujours les yeux…

Du regard, j’ai demandé l’autorisation de tourner les pages. Pour la forme, en vérité. L’ayant pris sur le fait, il n’était pas en position de me refuser quoi que ce soit. D’ailleurs, ne venait-il pas de sous-entendre que j’étais ce genre de fille qui peut plier n’importe quel garçon à ses plus petites volontés ?

Il a pris un air résigné. Allais-je découvrir des dessins de pervers ? Il tremblait légèrement, guettant toujours ma réaction, comme un voyeur pris sur le fait.

Mais il y avait autre chose. Je le ressentais. Il était heureux que je découvre son travail. Soulagé d’être percé à jour. Fier de me tendre un miroir. Fier de l’attention que je lui accordais enfin.

Et, telle Narcisse, je ne pouvais résister. Cela aussi, il l’avait deviné. Il avait peut-être même attendu patiemment son heure.

Sans surprise, c’était moi à chaque page. Avec toujours ces grands yeux de biche. Quoi que plus petits que ceux de la Reine des Neiges.

C’était moi. À la bibliothèque, penchée sur un livre. Dans la cour, discutant avec Lisa, bien croquée elle aussi, et sexy à souhait.

C’était moi. Dans les bras de Gabriel. Pas d’une allure aimable le mec. Mais exactement tel que je le voyais, moi aussi, de plus en plus souvent, depuis que j’avais ouvert les yeux sur ce qu’il était devenu. Il avait changé. Et nos chemins respectifs prenaient la tangente.

La lassitude de mon regard sur ce dessin où je semblais égarée, appelant presque à l’aide, était d’un réalisme glaçant. Tout était là. Sous mes yeux. Plus fort que n’importe quels mots.

Enfin, des dessins encore et toujours, dont j’étais le seul sujet. En short et brassière de sport sur le terrain d’athlétisme, préparant ma course au triple saut. Puis atterrissant les deux pieds en avant dans le bac à sable. Concentrée et sexy, un javelot à la main, une fine mèche de cheveux devant les yeux.

En maillot de bain au bord de la piscine, cheveux en chignon, égarée, perdue, comme si j’attendais l’autorisation de monter sur le plot, frigorifiée, les coudes le long du corps, un bras sous la poitrine, me mordillant un ongle.

— J’ai les seins moins gros, ai-je fait.

— Oui, c’est vrai, j’ai peut-être un peu exagéré…

— Je me sens toute petite d’un coup…

— Dans les mangas, on exagère toujours un peu la taille de la poitrine et certains détails…

— Oui. Ou les fesses. Parce que je ne crois pas avoir le cul rebondi comme ça !

— Je trouve que si.

— Au point que ça me soulève la jupe… et qu’on voit tout dessous ?

Je suis restée un instant stupéfaite de la tournure subite de notre discussion. Nous venions d’échanger plus de mots qu’en quatre mois de cohabitation dans la même classe. Un record.

Et pour parler de quoi, au juste ? Mes yeux, mes seins et mes fesses. Ouah !

— J’ai peut-être un peu exagéré…, a-t-il timidement souri.

— Après tout, c’est toi l’artiste…

— Alors tu ne le prends pas mal ?

— Je ne sais pas. Je suppose que les déviants dans ton genre sont protégés par la liberté artistique et la liberté d’expression.

On ne peut pas contrôler les fantasmes de son prochain. Ni ce qu’on projette.

En réalité, j’étais fascinée. Et un autre mec que lui aurait pu me faire flipper.

Mais il ne me faisait pas penser à un gros pervers. Peut-être à cause de ses lunettes. De son regard innocent. Encore enfantin.

Rien chez lui ne faisait clignoter la moindre alerte en moi. Au contraire. J’étais flattée. J’allais pleurer de joie tellement cette découverte était incroyable. Tellement c’était une belle surprise. J’aurais presque pu le remercier.

— Tu pleures ? a-t-il murmuré timidement.

Mal à l’aise, il a posé sa main sur la table dans ma direction sans oser l’approcher.

— Mon grand-père ne va pas bien… et j’ai l’impression de n’avoir personne avec qui en parler.

— À moi, tu peux m’en parler si tu veux.

— Merci. Peut-être à un autre moment. Continue de me dessiner.

***

Tristan n’est plus imberbe : il porte une barbe de trois jours et ça lui va bien. Ses cheveux sont encore un peu longs, mais ça, c’est vraiment lui.

Mes seins sont maintenant de la taille de ceux de ses dessins. Quatre années sont passées.

J’ai écrit deux pages sur la cristallisation de Stendhal. Le prof de français les a lues, ainsi que deux autres textes, devant la classe. Et il m’a encouragée à ne pas en rester là. A écrire la suite. Il paraît que j’ai une plume.

Je ne l’ai pas fait tout de suite. Mais c’est devenu un scénario de manga pour Tristan, un manga très réussi.

Et j’ai rédigé ensuite ma propre histoire. Je l’ai raccourcie. Rallongée. Polie et retaillée. Je l’ai publiée. Et chaque fois, Tristan était là.

Membre de ce petit cercle à qui j’ai osé faire lire mes premiers textes et qui m’a poussée à continuer d’écrire. Puis à publier. « Cristallisation » est devenu mon premier enfant. Mon premier livre.

J’ai mangé sans me priver. J’ai bu des litres de flotte, pourtant j’ai perdu trois kilos.

Je sais ce que je dois à chacun. Des défauts, j’en ai, mais je ne suis pas une ingrate.

Depuis, mes récits fourmillent dans ma tête jusqu’à ce que je sois obligée de les écrire.

— Toi, t’es encore de mauvaise humeur ! me lance-t-il en ouvrant la porte.

— Pas du tout. Qu’est-ce qui te fait dire ça ? J’ai juste mes règles !

— Heureux de l’apprendre !

Je parcours ses dernières planches tandis qu’il relit mon dernier texte.

C’est davantage pour avoir un avis et recevoir des compliments. Je me connais : à la fin, j’en fais toujours à ma tête.

— Tu devrais reprendre ce passage, me dit-il. Tu vas trop vite. Tu donnes trop tout de suite. Tu dois laisser le lecteur attendre.

Il sait voir où je presse trop fort. Où je veux conclure avant d’avoir laissé monter la mayonnaise.

Je n’écris plus dans une bibliothèque glaciale, ni pour me réfugier.

J’écris chez moi, souvent tard, parfois très tôt avant de partir à la fac, avec des tasses de café oubliées sur le bureau et des phrases ouvertes partout sur l’écran.

Papi n’est plus là. Mamie nous a déjà à moitié quittés, mais je continue de lui rendre visite à l’Ehpad tous les jours ou presque, même si depuis son AVC elle ne me reconnaît certainement plus.

Je ne parle plus à Gabriel, ni à Lisa. Je ne m’en porte pas plus mal. Ils se sont bien trouvés.

Tristan publie des mangas, la plupart franchement érotiques. Il connaît son petit succès. Et je suis l’héroïne, sinon de tous, du moins du plus grand nombre.

Il ne me fait pas toujours faire des trucs très catholiques, et j’adore lire ça. Il a une imagination débordante.

— Techniquement, là, c’est chaud ce que tu me fais faire, lui fais-je remarquer. Même avec beaucoup d’entraînement, quelle femme a une telle souplesse ?

— Elle travaille dans un cirque…

— Quand même !

Je viens m’asseoir à côté de lui, face à l’écran d’ordinateur.

— Tu ne t’es pas lavée ? Tu fais quoi en ce moment, à part vivre ta vie par procuration avec l’écriture ?

— Tu me poses une très bonne question ! je réponds en essayant de ne pas me vexer pour si peu.

Je me rapproche pour l’emmerder un peu.

— Attention, je ne dis pas que tu pues… Mais tu ne sens pas comme d’habitude !

— Je me laverai ce soir. On doit faire gaffe à tout en ce moment. Chaque euro compte. Et tu entends ces petites voix ?

— Je n’entends rien…

— Si, écoute, c’est la planète, Jankovici et Greta qui me remercient ! Elles disent : « Ophélie, merci de ne pas gaspiller l’eau, merci de faire des économies d’énergie fossile ! ».

— Tu portes le même jogging depuis combien de jours ?

Il fronce les sourcils en cliquant dans les menus WordPress. Il n’y a que lui qui a mes codes.

— Je vais être honnête : c’est du bon boulot. Mais tu as pris le truc à l’envers. Je ne vais pas te le faire, mais je vais t’expliquer où tu t’es trompée. Cela dit, je ne vois pas pourquoi tu es allée gaspiller ton énergie dans ce truc au lieu d’écrire.

— J’avais envie de tester. Je trouve ça assez génial quand on y pense.

— Tout le monde a envie de lire l’épisode 3… T’es attendue, qu’est-ce que tu crois ? Et « Le Code… », t’en es où ? Je croyais que c’était la dernière ligne droite, que tu voulais le publier début février.

— J’ai envie de laisser « Cristallisation » vivre encore un peu avant que « Le Code… » vienne le recouvrir. Et je veux finaliser mon site.

Sans Tristan, j’aurais été bien incapable de le construire. Cet endroit qui n’est qu’à moi. Le seul endroit où je suis chez moi. Où je ne dépends ni d’Amazon, ni des algorithmes de Facebook ou d’Instagram. J’ai pris un hébergement en Suisse. L’endroit le plus sûr du monde.

Je lui avais demandé de le faire, comme un service. Mais il a refusé. Il a pourtant fait des dizaines de sites pour d’autres ; c’est ainsi qu’il met du beurre dans les épinards. Il avait été aimable, mais intransigeant.

— Tu vas construire ta maison en briques toute seule, comme le troisième petit cochon, et tu seras fière de toi, avait-il répondu.

Il m’a juste expliqué par où commencer. Il a été là quand je crisais et que je menaçais de m’arracher les cheveux. Mais il avait raison : on n’est jamais plus fière que lorsqu’on apprend à faire par soi-même. À aucun moment je n’ai songé à arrêter.

Le site est là maintenant. Il respire tout seul. Des textes s’y déposent. Des lecteurs viennent. D’autres reviennent. Il est beau. J’en suis fière, comme de mon deuxième bébé.

Et j’aimerais installer l’extension « Speaker Merkulov ».

— Elle a neuf ans, Tristan. Elle ne viendra pas lire ce que j’écris avant dix bonnes années. Et peut-être qu’elle n’y viendra jamais. Mais d’ici un ou deux ans, elle ne verra plus rien. Je veux vraiment le faire, tu comprends ? J’en fais une affaire personnelle.

— Tu t’éparpilles un peu en ce moment…

— C’est important pour moi de me dire qu’elle pourra peut-être écouter ce que j’écris, à défaut de pouvoir le lire. Et pense à toutes ces personnes qui voient mal… Cela pourrait t’arriver à toi. À moi. L’épisode 3 peut bien attendre quelques jours de plus le temps que ce machin fonctionne ! C’est pour la bonne cause, non ?

Il me chasse de ma place. J’en profite pour aller changer de tampon. J’irai bien courir dans le week-end. En attendant, je suis épuisée. Il n’a pas tort : je donne trop. C’est comme ça à chaque fois qu’Alexandre n’est pas là.

Non, en fait, je suis comme ça depuis longtemps. Mais en ce moment, c’est pire.

Je reviens et m’assois sur le bord du lit. Il ne faut pas longtemps avant que je sente ma tête commencer à s’embrumer. Il me dit de dormir. Que le café est un poison.

— Tu ne le vois pas ce week-end ? me demande-t-il soudain.

— Non. J’aurais aimé, mais ça n’a pas pu se faire.

— C’est quand la dernière fois que tu l’as vu ?

— Jeudi. Vite fait après son travail. Dans sa bagnole. Sur le parking.

Je sais ce qu’il en pense. Je sais ce que tout le monde en pense. Mais je suis heureuse comme ça. Et c’est pour moi tout ce qui compte. Je voyais Gabriel tous les jours. Et je m’emmerdais. Alexandre, je le vois de temps en temps. Je ne me suis jamais sentie aussi vivante.

— Hé, t’es quand même pas jaloux ? je lui demande.

— Pas du tout.

Je le taquine en poussant son fauteuil de gamer du bout du pied.

— Tu veux coucher avec moi. Allez, avoue ! T’en crèves d’envie !

— Tu pues, tu as tes règles. Et on ne pense pas tous à coucher systématiquement avec toi.

Je pose mes coudes en arrière sur le lit et je le défie du regard, façon pin-up sapée en Domyos.

— Quand tu me dessines en train de me faire prendre par trois mecs à quatre pattes, une bite dans la bouche, une dans le cul et l’autre dans la chatte, tu n’y penses vraiment pas ?

— Là n’est pas la question. On ne couche pas avec sa muse. C’est un principe de base. Une muse, on l’admire. On ne couche pas avec elle. Sinon, on la perd.

Je ris en l’écoutant. J’adore le charrier, et il le sait.

— Attention, je ne dis pas que c’est le cas… Mais si je te disais que j’en ai envie, là, tout de suite, de coucher avec toi, tu me ferais la même réponse ?

Il soupire, sans un regard dans ma direction, les yeux rivés sur son écran bleu.

— Exactement la même réponse. Et d’ailleurs, j’ai envie de ton personnage d’Athenaïs. Pas de toi. Et puis, j’ai une copine.

— C’est nouveau. Cachotier. Tu me la présenteras ?

— Hors de question. Elle est jalouse. Si elle te reconnaît, elle saura que tu existes pour de vrai, et tout le baratin que je lui ai servi s’effondrera.

— Je vois que je ne suis pas la seule à mentir à ceux que j’aime…

— Lâche-moi la grappe. Laisse-moi terminer. Tu me ralentis. Va te reposer, on dirait un zombie : t’es pâle, tu trembles…

Je n’entends plus la suite. Continue-t-il de parler ? Je pars ailleurs. Je m’écroule sur son lit, en boule. Et lorsque je me réveille, il est sur sa planche de dessin, occupé à me dessiner dans mon sommeil, enroulée dans sa couette, en jogging qui pue.

Je suis une muse.

***

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2 commentaires

  1. Encore une merveille écrite par la magicienne que j’adore 🙂 et ça parle d’un univers qui me plaît en plus :3 bon tu es là aussi donc tout me plaît x) continue ainsi et très bon boulot

    • Merci beaucoup pour ces mots, ils me touchent sincèrement 😊
      Je suis heureuse que cet univers te parle et qu’il trouve écho chez toi.
      Tes encouragements comptent beaucoup — merci d’être là et de lire avec autant de bienveillance. ✨

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