Le livre le plus difficile

Le Collier d’ambre sera mon neuvième livre.

Et, sans doute, celui dont l’accouchement aura été le plus difficile.

Peut-être parce que ce texte n’est pas né tout à fait comme les autres. Il est né dans un moment de rupture, de doute, de fragilité sentimentale. Il portait déjà quelque chose de particulier lorsque j’en ai écrit les premières lignes. Quelque chose que je ne savais peut-être pas encore nommer.

Puis il a fallu y revenir.

Le relire. Le reprendre. Le corriger. Le démonter parfois pour mieux le reconstruire. Chercher ce que je voulais réellement raconter derrière l’érotisme, derrière le désir, derrière les corps.

Et surtout essayer de l’emmener exactement là où je voulais qu’il aille.

Ces quinze derniers jours ont été épuisants. Je suis probablement maso.

Le texte était pourtant terminé. Ou presque. Mais il y avait toujours cette phrase qui pouvait être meilleure. Cette répétition qu’on n’avait pas vue. Cette faute qui avait réussi à se cacher après vingt relectures. Cette ponctuation qui me gênait. Cette ligne qui tombait mal. Cette typographie à contrôler encore une fois. Effacer ces fameux numéros de pages sur les pages vierges.

Toujours cette envie d’aller chercher la dernière imperfection.

Pas pour fabriquer un livre parfait — je ne crois pas que cela existe — mais pour publier le livre le plus juste possible. Celui qui trahisse le moins ce que j’avais voulu écrire.

Parce que Le Collier d’ambre est un texte étrange dans mon parcours.

C’est un livre sombre, et pourtant, je crois qu’il est profondément lumineux.

C’est un livre érotique. J’espère qu’il donnera du plaisir, qu’il troublera, qu’il excitera. Je ne veux surtout pas renier cela : le désir et l’accomplissement du fantasme est au cœur de cette histoire.

Mais il y a autre chose. Il y a Ambre.

Son corps. Son plaisir. Ses peurs. Ses contradictions. Son envie de vivre.

Ambre est enceinte. Et ce corps que tout le monde regarde soudain comme celui d’une future mère reste pourtant le sien.

Elle n’a pas à cesser de désirer parce qu’elle porte un enfant.

Elle n’a pas à oublier sa sensualité, ses fantasmes, ses envies, simplement parce qu’un ventre s’arrondit.

Certains trouveront peut-être le sujet dérangeant. Peut-être même qu’on me dira qu’il y a des choses sur lesquelles on ne devrait pas écrire.

Mais ce n’est justement pas la question.

La question n’est pas de savoir si Ambre devrait avoir ces désirs.

Elle les a. Et elle a le droit de les avoir.

C’est peut-être cela que j’aime le plus dans ce personnage : au milieu de quelque chose de parfois très sombre, Ambre reste terriblement vivante. Son corps est vivant. Son désir est vivant. Son plaisir est vivant.

Et derrière la noirceur présente quelques fois dans le roman, il y a cette beauté là. Intacte.

Je voulais écrire un livre érotique qui reste érotique jusqu’au bout, sans avoir honte de l’être, mais qui raconte aussi une véritable histoire humaine.

Une histoire de désir, de couple, de limites, de fragilité et de liberté.

Et aujourd’hui, je peux enfin écrire cette phrase :

Le Collier d’ambre est terminé.

Terminé, corrigé, relu, vérifié, traqué jusque dans ses derniers détails.

Publié.

***

Ces derniers jours, j’étais sur les genoux. J’ai plusieurs fois eu envie de tout arrêter. De me dire que ce texte ne sortirait jamais, que je n’en pouvais plus, qu’il fallait le laisser tranquille.

Et puis il y a eu ceux qui étaient là.

Daphné, d’abord.

Présente du début jusqu’à la dernière ligne. Celle qui a continué à croire à ce livre lorsque moi, je n’y croyais plus vraiment. Celle qui m’a épaulée chaque fois que j’ai eu envie de laisser tomber. Même si c’est pénible une écrivaine qui doute et n’arrête pas dénigrer son propre livre, il n’y a sûrement rien de plus pénible. Elle est restée patiente quand j’aurais voulu me mettre des claques tellement même devoir m’écouter parler m’était insupportable.

Et Jules ensuite.

Qui a su me faire rire lorsque je devenais complètement obsessionnelle. Qui a parfois su me dire : maintenant, tu arrêtes. Tu poses le texte. Tu vas dormir.

Et qui, malgré cela, était encore là jusqu’aux toutes dernières corrections, à relire (trois fois… dix fois ?), discuter un mot, une phrase, une virgule, et à me répéter que ce livre méritait d’exister.

Alors voilà. Le marathon est terminé. Le plus dur que j’ai eu à faire depuis que je me suis lancée là-dedans.

Mais j’ai franchi la ligne d’arrivée. Je viens de mettre le point final à ce qui aura probablement été, jusqu’ici, le livre le plus difficile à terminer.

Et maintenant que tout est fini, quelque chose redescend enfin.

Les tensions quittent doucement le corps. Je me sens légère.

Fatiguée, évidemment. Mais légère. Apaisée.

Et surtout profondément fière d’être allée jusqu’au bout. Je l’ai fait. Encore une fois. Même si c’était à mains nus. Et toujours ce même vertige.

Le Collier d’ambre existe désormais sans moi.

Et je crois que j’étais enfin prête à le laisser partir.

Chauvigny, mercredi 14 octobre 2026

– Ophélie Deslys –

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Disponible en broché :

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